/.../ En tant qu’expression scénique le mime remonterait, dit-on, au poète grec Sophron de Syracuse (Vème siècle avant J.C.). Mais, tout laisse à penser qu’il existait longtemps avant lui.  S’il n’a donc pas inventé la chose, Sophron a, du moins créé le mot. Encore l’employait-il dans un sens très différent de celui que nous lui attribuons de nos jours. Les “mimes” de Sophron n’étaient autre chose que de petites comédies de moeurs, le plus souvent de caractère satirique dans lesquelles les dieux se mêlaient familièrement aux humains. Composés en prose dorienne, dépourvus de toute intrigue et de toute action, ces sketches très courts faisaient revivre des scènes de rue, des querelles de place publique, des caquetages de commères /.../ Sophron, se voulait un observateur de la vie quotidienne, il excellait à reproduire la verdeur du langage populaire et les plaisanteries grossières du petit peuple de Syracuse.
Après sa mort, son fils Xénarque prend la suite du mime littéraire qui devient de plus en plus la satire des hommes politiques et par là contribue à sa déchéance.
C’est l’Alexandrin Théocrite  qui redonne au mime ses lettres de noblesse : mélange d’élégance et de spontanéité.

Avec ses dialogues, ses chants, sa musique, ses danses, le mime grec n’avait qu’un rapport lointain avec la définition que nous donnons aujourd’hui à ce mot.
Si le mime doit son nom à la Grèce, c’est à Rome qu’il doit la vie.

Le mime Romain est né d’une légende. Vers 240 avant J.C. un esclave grec de Tarente, Livius Andronicus, que son maître venait d’affranchir, eut l’idée de fonder une troupe de théâtre afin de jouer la tragédie grecque dans l’Italie méridionale. Le succès a été rapide.

Les pièces se composaient de trois parties :
1 - Diverbium :  dialogue récité par les acteurs.
2 - Choricum  :  dansé et chanté par le choeur.
3 - Canticum  : un seul artiste dansait et chantait accompagné d’un joueur de flûte que l’on nommait hister › histrion.

Or, il arriva qu’un jour Livius eut une extinction de voix. Il demanda alors l’autorisation au public de placer devant lui un récitant tandis qu’il illustrerait les vers par des gestes. Livicus obtint un triomphe. La pantomime était née.

La pantomime se divisait en deux genres :
1 - Comique, inventé par Pylades.
2 - Tragique auquel se consacra Bathyle.

L’usage du masque est rendu obligatoire à cause des proportions du théâtre antique avec les masques entiers, ils avaient le corps et le regard
Le mime interprétait plusieurs personnages de la même pièce.

Lors de l’invasion de la Gaulle les généraux de César amenèrent avec eux les mimes. On raconte qu’un jour Clovis s’extasia tellement devant celui de Théodoric, roi des Ostrogoths que ce dernier lui en offrit un avec ce mot d’accompagnement :

“Je vous envoie un homme habile qui joint l’art d’exprimer les sentiments par les gestes et les mouvements du visage à l’harmonie de la voix et au son des instruments. J’espère qu’il vous amusera et je vous l’adresse avec d’autant de plaisir que vous avez paru le désirer.”

L’effondrement de l’empire entraîna la dégénérescence du mime. En l’espace de deux ou trois siècles la pantomime sombra dans la décadence.

Privé de répertoire, coupé de ses racines, persécuté par les autorités, incapable de se relever de sa déchéance, le théâtre sans paroles ne survit plus qu’à grand peine. On  le voit réapparaître chez les trouvères pour accompagner quelques scènes chantées.

Durant la période du Moyen-âge l’église met la main sur le théâtre et n’autorise sur ses tréteaux que des mystères tirés des écritures. Mais, il y a les funambules, les bateleurs, les danseurs de corde, les jongleurs. Saltimbanques, gens de voyage, ils courent les foires.

La Renaissance tira la pantomime de sa misère pour lui redonner la place qui lui revenait dans le grand renouveau des formes scéniques. Avec les grotesques espagnols et italiens, elle offre le visage de la bouffonnerie grimaçante.

Dérision et caricature
le mime et la commedia

Pedrolino            valet honnête mais farceur, fanfaron,
Le Pierrot                       
Piero                  bravache et poltron.

La pantomime est sur les foires de St Germain ou St Laurent.

La renommée croissante du théâtre de la foire, l’afflux du public, portèrent ombrage à la Comédie Française. C’est alors la “guerre” entre les comédiens de la cour et les forains.
D’abord on interdit aux forains de parler sous forme de dialogue. Les subterfuges ont été  les suivants :

  • monologues, l’acteur parle puis entre en coulisses, un autre parle sur scène etc.

  • En 1708 Ch. Alard obtient l’autorisation d’engager chanteurs et danseurs qu’ils mêlent aux scènes de pantomime. L’opéra comique était né.Puis, on leur interdit de chanter.

  • Utilisation de cartons en gros caractères et en prose pour rendre le jeu des acteurs (cinéma muet). Mais, ils sont encombrants pour les comédiens, de plus beaucoup de spectateurs ne savaient pas lire.

  • Couplets, paroles sur des airs connus que les gens du parterre chantaient.

Abandonnant peu à peu les baraques de foire, les entrepreneurs de spectacle viennent planter leurs tréteaux dans le quartier du Boulevard du Crime où tout le monde se mélange.
Un siècle plus tard c’est le théâtre des funambules avec J.B. Deburau et la pantomime blanche.

A la fin du siècle dernier deux événements allaient jeter une lumière nouvelle sur le corps et le mouvement : la renaissance des exercices physiques, l’invention de la chronophotographie et  du cinéma.       

Source : Le Théâtre du Geste - mimes et acteurs  sous la direction de Jacques Lecoq - édition  Bordas - 1987