Histoire de Gusti

Gusti est un maître renommé de théâtre masqué topèng. Il refuse toujours les quelques milliers de roupies que lui offre l'organisateur du spectacle. Gusti pense qu'il est inconvenant d'accepter de l'argent pour avoir pratiqué l'acte mesolah. Ce terme désigne l'intervention de l'artiste dans une fête sacrée, l'engagement total par lequel il participe à la perfection d'une cérémonie.
Ce n'est pas moi, c'est le masque qui danse , confie-t-il avec sincérité à un jeune acteur transi d'admiration.
Certains s'étonnent que Gusti n'enseigne pas à l'académie de danse ou au conservatoire : A quoi bon former des élèves qui vont disparaître je ne sais où. Le gouvernement insiste pour que je devienne professeur mais je ne puis accepter. A quoi cela sert-il d'étudier les positions du corps, les pas, les chants, si c'est pour les reproduire comme une mécanique ? Avant tout il faut acquérir la base, dasar, le socle sur lequel repose tout le reste. Gusti pense que cette connaissance découle d'un mariage avec les énergies du monde, au sein du temple.
Le danseur un tel est arrivé très haut. Ce qu'il fait est très beau; il danse dans les grands hôtels, mais il lui manque la base. Espérons que le vent ne souffle pas trop fort.

Bali, jardin des immortels - Jacques Fassola - Denis Vicherat -
Ed. Chêne 1983